UNE GUINEE NOUVELLE EST POSSIBLE

Sécurité alimentaire et nutritionnelle : Le Gouvernement et ses partenaires mobilisés pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires

Conakry, le 30 juillet 2026 — Le Ministère du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, à travers l’Institut National de la Statistique (INS), avec l’appui technique du Programme Alimentaire Mondial (PAM), a organisé, ce jeudi à Conakry, un atelier national consacré à la présentation de la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Guinée.

Présidée par S.E.M. Ismaël NABÉ, Ministre du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, la rencontre a enregistré la présence de l’Ambassadeur Kabèlè Soumah, Secrétaire Général du MPCID, des Ambassadeurs de la République populaire de Chine et du Japon, du Représentant résident du PAM, de la Représentante de l’UNFPA, des cadres de l’INS et des ministères sectoriels concernés, ainsi que des représentants des partenaires techniques et financiers, de la société civile et du secteur privé.

L’atelier visait à partager les résultats des études nationales les plus récentes sur la production agricole, la consommation et la nutrition des ménages, le fonctionnement des marchés, les pertes post-récoltes et les facteurs de vulnérabilité. Ces données doivent permettre de mieux orienter les politiques publiques, les investissements et les interventions en faveur des populations les plus exposées.

Près de 1,7 million de personnes à protéger pendant la période de soudure

Les résultats du Cadre harmonisé indiquent que 1 668 033 personnes, soit 13,4 % de la population de référence de l’étude, nécessiteront une assistance pendant la période de soudure de juin à août 2026.

Parmi elles, 1 576 303 personnes, soit 12,7 %, sont classées en phase 3, dite de crise, et 91 730 personnes, soit 0,7 %, en phase 4, correspondant à une situation d’urgence. Aucune population n’a été classée en phase 5, dite de famine.

À ces populations s’ajoutent 3 123 857 personnes, soit 25,2 %, actuellement en phase 2, dite « sous pression ». Sans mesures préventives adaptées, elles pourraient basculer vers une situation plus grave en cas de nouveau choc économique, climatique ou alimentaire.

Les données révèlent également des disparités régionales. Kankan et Nzérékoré figurent parmi les régions les plus affectées, avec respectivement 385 410 et 265 698 personnes classées en phases de crise ou d’urgence. Aucune région du pays n’est toutefois épargnée.

Les responsables de l’INS ont précisé que ces estimations avaient été produites avant la publication des résultats du quatrième Recensement général de la population et de l’habitation. Les prochaines analyses permettront ainsi d’actualiser les effectifs sur la base des nouvelles données démographiques.

Le PAM appelle à une réponse collective fondée sur les données

Dans son intervention, le Représentant résident du Programme Alimentaire Mondial a salué l’engagement du Gouvernement guinéen, du MPCID, de l’INS et des partenaires ayant contribué à la production et à l’analyse des données.

Il a souligné que les résultats présentés constituent une base factuelle indispensable pour orienter les politiques publiques, cibler les investissements et adapter les réponses humanitaires.

Selon lui, l’insécurité alimentaire ne résulte pas uniquement d’une insuffisance des denrées. Elle est aussi liée au pouvoir d’achat, au coût des produits nutritifs, aux difficultés d’accès aux marchés, aux pertes enregistrées le long des chaînes de valeur ainsi qu’à la vulnérabilité des systèmes agricoles face aux chocs.

Les analyses montrent en effet qu’un ménage guinéen sur deux ne dispose pas des ressources nécessaires pour s’offrir une alimentation saine, diversifiée et nutritive. Selon les préfectures, le déficit d’accessibilité financière varie de 19 % à 79 %.

Le coût d’une alimentation nutritive est estimé à environ 1 155 000 francs guinéens par mois, soit près de deux fois le coût d’une alimentation répondant uniquement aux besoins énergétiques. Cette situation affecte particulièrement les enfants, les adolescents ainsi que les femmes enceintes ou allaitantes, dont les besoins nutritionnels sont plus importants.

Le PAM a ainsi plaidé pour une approche intégrée associant agriculture résiliente, nutrition, protection sociale, éducation, développement des marchés et renforcement des systèmes alimentaires. Une telle approche pourrait faire progresser l’accessibilité à une alimentation nutritive de 50 % à 85 %.

L’INS présente les principaux facteurs de vulnérabilité

Au nom du Directeur Général de l’Institut National de la Statistique, le Directeur Général adjoint, Mamadou Camara, a présenté les conclusions de quatre études nationales complémentaires : le Cadre harmonisé, l’enquête sur la fonctionnalité des marchés, l’analyse « Fill the Nutrient Gap » consacrée au coût d’une alimentation nutritive, ainsi que l’étude sur les pertes post-récoltes.

Les données de référence montrent que 43,7 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2019. Sur le plan nutritionnel, 6,1 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, tandis que 24,4 % présentent un retard de croissance.

La faible productivité agricole, les aléas climatiques, les inondations, la pauvreté rurale, les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’assainissement figurent parmi les principales causes structurelles de la vulnérabilité alimentaire.

À celles-ci s’ajoutent les risques extérieurs liés à la dépendance aux importations de riz, d’engrais, de produits pétroliers et d’autres intrants essentiels. La Guinée ayant importé environ 918 000 tonnes de riz en 2024, toute hausse du coût du fret, de l’énergie ou des engrais peut se répercuter directement sur les prix des denrées et le pouvoir d’achat des ménages.

Des marchés approvisionnés, mais encore peu fonctionnels

L’étude sur la fonctionnalité des marchés fait ressortir un score national de 5,1 sur 10 en 2025, contre 3,7 sur 10 en 2023. Cette amélioration reste néanmoins insuffisante au regard des difficultés liées aux infrastructures, aux services et à la stabilité des prix.

La composante « services » enregistre un score de seulement 3,3 sur 10. Par ailleurs :

  • 77 % des marchés ne disposent pas d’un approvisionnement électrique fiable ;
  • 54 % sont dépourvus de système adapté d’évacuation des eaux usées ;
  • 17 % connaissent des ruptures de céréales ;
  • 39 % sont confrontés à une instabilité des prix.

Kankan et Nzérékoré affichent les niveaux de disponibilité les plus faibles, avec respectivement 4,9 et 4,8 sur 10. Les produits essentiels sont généralement présents, mais les difficultés de stockage, de conservation, d’assainissement et de transport réduisent leur qualité et leur accessibilité.

Plus de 250 000 tonnes de riz perdues après récolte

Les pertes post-récoltes constituent un défi majeur pour la sécurité alimentaire et la rentabilité des activités agricoles. Elles sont estimées entre 20 et 23 % pour les céréales, entre 40 et 50 % pour les racines, tubercules, fruits et légumes, et à 33 % pour les produits halieutiques.

Dans la seule filière rizicole, 250 448 tonnes ont été perdues après récolte en 2022, soit 11,9 % de la production nationale.

Ces pertes sont principalement enregistrées au cours du stockage, du transport, de la manutention et de la transformation primaire, en raison de l’insuffisance des équipements, de la faiblesse des infrastructures énergétiques et logistiques ainsi que de la dégradation de certaines routes.

Leur réduction représente une opportunité immédiate pour améliorer la disponibilité des aliments, accroître les revenus des producteurs, stabiliser les marchés et réduire la dépendance du pays aux importations.

La sécurité alimentaire au cœur du Programme Simandou 2040

Dans son discours, le Ministre Ismaël NABÉ a rappelé que les statistiques présentées traduisent avant tout des réalités humaines.

« Derrière les chiffres, il y a une réalité humaine. Derrière chaque indicateur, il y a une famille. Derrière chaque taux de malnutrition, il y a un enfant dont le développement peut être compromis » a-t-il déclaré.

Pour le Ministre, la sécurité alimentaire ne se limite pas à la présence de produits sur les marchés. Elle englobe l’accès physique et financier à l’alimentation, la qualité nutritionnelle, la stabilité des approvisionnements, la sécurité sanitaire des aliments et la capacité des systèmes agricoles à résister aux crises.

Elle concerne ainsi plusieurs secteurs, notamment l’agriculture, l’eau, l’énergie, les infrastructures, le commerce, la santé, l’éducation, l’emploi, la protection sociale et le pouvoir d’achat.

Cette dimension multisectorielle justifie la place centrale accordée à la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le Programme Simandou 2040, au croisement de deux piliers essentiels de cette vision : le Pilier 1, consacré à l’agriculture, à l’industrie alimentaire et au commerce, qui porte l’ambition de transformer le potentiel agricole du pays en une véritable puissance agro-industrielle ; et le Pilier 5, consacré à la santé et au bien-être, qui rappelle qu’il ne peut y avoir de développement véritable sans une population en bonne santé, en particulier les enfants, les femmes et les populations les plus vulnérables.

Le Ministre a rappelé que la Guinée dispose d’importants atouts, parmi lesquels des terres agricoles, d’abondantes ressources en eau, une population jeune et un potentiel économique considérable. L’enjeu consiste désormais à transformer ces ressources en production, en emplois, en revenus et en prospérité durable pour les populations.

Le Ministre a rappelé que cet atelier prolonge une série d’initiatives engagées par le Gouvernement en 2026, notamment l’atelier national de validation des textes d’application de la Loi alimentaire, qui vise à renforcer la sécurité sanitaire des aliments, mieux protéger les consommateurs et moderniser le système de contrôle de la qualité.

Il a également salué la signature du Kennedy Round 2026, accord conclu entre le Gouvernement de la République de Guinée, le Gouvernement du Japon et le Programme Alimentaire Mondial. Cet accompagnement bénéficiera à plus de 52 000 personnes, dont 36 390 élèves à travers les cantines scolaires et 15 750 personnes vulnérables, notamment de jeunes enfants, des femmes enceintes ou allaitantes et des personnes en situation de vulnérabilité sanitaire.

Le Ministre a, par ailleurs, exprimé la reconnaissance du Gouvernement à la République populaire de Chine pour son appui en faveur des populations vulnérables.

Transformer les données en investissements concrets

Pour améliorer durablement la situation, cinq priorités d’investissement ont été retenues :

  1. Le développement d’une agriculture résiliente ;
  2. La réduction des pertes post-récoltes ;
  3. Le renforcement d’une protection sociale sensible à la nutrition ;
  4. Le désenclavement et la modernisation des marchés ;
  5. L’amélioration des données, des mécanismes d’alerte précoce et de la gouvernance.

Le Ministre a insisté sur la nécessité de renforcer une planification fondée sur les données du RGPH-4, de l’EDS-6 et des différentes enquêtes nationales, afin de mieux identifier les zones vulnérables, anticiper les crises et orienter les investissements.

Il a également invité les partenaires techniques et financiers à accompagner davantage les chaînes de valeur agricoles, la transformation locale, les infrastructures rurales, le stockage, la logistique, le financement et la formation des jeunes entrepreneurs agricoles.

En conclusion, S.E.M. Ismaël NABÉ a rappelé que la sécurité alimentaire est une question de dignité, de justice sociale, de santé, de capital humain et de souveraineté. La réussite de la transformation engagée dans le cadre du Programme Simandou 2040 devra ainsi se mesurer non seulement aux infrastructures réalisées et aux investissements mobilisés, mais aussi à l’amélioration des conditions de vie, à la santé des enfants, aux revenus des producteurs et à la dignité de chaque famille guinéenne.

« Notre responsabilité est de faire en sorte que cette transformation ne se mesure pas uniquement en kilomètres de routes, en mégawatts produits, en tonnes de minerai extraites ou en milliards d’investissements mobilisés. Elle devra surtout se mesurer dans les assiettes de nos enfants, dans la santé de nos mères, dans les revenus de nos agriculteurs et dans la dignité de chaque famille guinéenne » a conclu le Ministre.

La rencontre s’est achevée par un appel à renforcer la coordination entre les institutions nationales et leurs partenaires afin de transformer les données disponibles en actions concrètes et durables pour une Guinée plus résiliente, prospère et souveraine à l’horizon 2040.

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